Magazine
March 11, 2022

La “raison économique” est-elle devenue irrationnelle ?

Le titre de votre nouveau livre est : « La Raison économique et ses monstres ». Quelle est cette raison économique que vous invoquez ?

Eloi Laurent : Je différencie l’économie de “la raison économique”. L'économie désigne deux choses différentes. D’un côté, le système social d'organisation des transactions marchandes, autrement appelé système économique, qui n’est pas un discours, mais une réalité. De l’autre, la discipline économique qui comprend la théorie et les politiques économiques permettant d’organiser le système social, qui est un discours et même un récit. 

C’est dans cette seconde dimension que l’on retrouve des mythologies qui polluent le débat public. C’est ce qui fait qu’à chaque fois que l’on parle de justice sociale ou de transition écologique avec des parlementaires européens, des sénateurs français, des maires de grandes villes ou des étudiants, on nous oppose toujours une supposée “raison économique”… Des théories fragiles et dépassées qui se veulent scientifiques alors qu’elles ne sont que des croyances, c’est ça que je dénonce dans le livre. Je montre que ce discours qui affirme qu’il n'y a qu'une seule façon d’envisager l'économie et qui se fait passer pour la raison, est devenu un poison qui irrigue tout le champ politique, de Zemmour à Macron en passant par Pécresse et Roussel. 

Vous parlez de Zemmour. Son discours n’est-il pas avant tout xénophobe et raciste ?

E. L. : Le point de départ du programme de Zemmour n’est pas la haine raciale mais le déclassement économique français par la « perte de compétitivité des entreprises ». C’est parce que nous sommes déclassés qu’il nous faut défendre notre modèle social contre les profiteurs étrangers, en faisant le tri entre les bons et les mauvais français. Le point de départ, c’est donc ce qui est présenté comme « la raison économique » et cette « raison » engendre une monstruosité politique qui est la fin de la citoyenneté républicaine. Avec ce discours, on voit bien que l'économie est devenue un économisme, c’est-à-dire une croyance. Zemmour le dit d’ailleurs très bien : “je ne vois que ce que je crois

Cette idéologie, que j’appelle la social-xénophobie, c’est vraiment le monstre du néo-libéralisme, qui n’a de cesse contre toute évidence de vouloir nous convaincre depuis quarante ans de l’effondrement imminent de notre insupportable modèle social. Evidemment, sans ce modèle social, c’est l’économie française qui se serait effondrée au cours des années Covid. Évidemment, si nous continuons à martyriser notre hôpital public, c’est la santé française qui va s’effondrer. Je trouve que l’on ne dit pas assez à quel point Zemmour est une créature néo-libérale.


Quels sont les fondements de ces mythes économiques ?

E. L. : Le dernier quart du 20ème siècle a été accaparé par le modèle hérité de la Seconde Guerre mondiale, selon lequel la colonne vertébrale des sociétés doit être la raison économique. Le raisonnement est le suivant : nous devons produire des richesses, et pour ça rien de plus efficace que le marché et la libre concurrence. Grâce à ces richesses nous pouvons par la redistribution développer un modèle social et grâce à ce modèle social nous pouvons garantir la paix civile. Autrement dit : croissance économique = progrès social = paix civile. C’est à peu près exactement le raisonnement inverse qui est vrai : paix civile = progrès social = croissance économique. 

La modernité économique en 2022 c'est le nucléaire, des TGV entre Toulouse et Bordeaux et la reconquête industrielle ! Pourquoi pas le Concorde ? 

Quel problème ces croyances économiques héritées de la Deuxième Guerre mondiale posent-elles ?

E. L. : J’y insiste dans la conclusion du livre : la rupture fondamentale se produit entre 1934 et 1944 quand on invente coup sur coup le PIB et sa croissance, la politique macroéconomique pour le stimuler et le plein-emploi comme clé de voûte du progrès social. On se dit qu’il est plus facile d’entrer dans le 21ème siècle avec des modèles qui ont marché par le passé que de tenter de nouvelles choses. C’est ce qu’il se passe autour de la transition énergétique en France. Alors que nous savons que la transition énergétique est une question territoriale et démocratique, pour laquelle il faut un débat et une participation citoyenne, et que nous avons désormais le modèle de nos voisins allemands, on lui préfère toujours le nucléaire et son centralisme technocratique. Peu importe que cette technologie soit de plus en plus coûteuse et de moins en moins sûre, elle a fonctionné dans les années 1970. C’est là où l'idéologie néo-libérale réconcilie l’Etat et le marché : c’est ce que Léon Walras appelait le « commissaire-priseur ». Il est toujours stupéfiant de constater l’inertie intellectuelle, à un siècle de distance…

C’est de là que naît votre ton incisif dans le livre ?

E. L. : Mon ton est à la fois le symptôme d’une lassitude et d’une urgence. Lassitude par rapport à ces croyances économiques datées qui demeurent telles des discours zombies, ces discours dont parlait l’économiste Paul Krugman qui reviennent éternellement et dont on n’arrive pas à se débarrasser : croissance, austérité, compétitivité, attractivité. Quand je regarde les discours économiques actuels je me dis : bienvenue dans les années 70 ! La modernité économique en 2022 c'est le nucléaire, des TGV entre Toulouse et Bordeaux et la reconquête industrielle ! Pourquoi pas le Concorde ? 

Et urgence, car nous sommes dans une décennie critique. Nous savons qu’à partir de 2030 nous allons entrer dans un monde radicalement différent du fait de la dégradation de la biosphère où nous pourrions ne plus avoir la capacité de changer, même si nous le voulions, c’est le sens des « limites dures » dont parle le dernier Rapport du GIEC. Nous commençons à comprendre que nous allons vivre une succession de chocs écologiques qui pourraient nous empêcher de réaliser la transition nécessaire pour atténuer ces chocs. Or avec le Covid, nous venons de perdre deux années, soit 20% du temps restant...  Nous n’avons plus de temps à perdre.

Nous avons besoin de récits poétiques et lumineux, pas d’une énième dystopie.

Comment aller plus vite pour se défaire de nos chimères économiques et aller vers de nouveaux modèles plus adaptés à notre époque ?

E. L. : La mauvaise nouvelle, c’est que la succession de chocs qui nous attend ne va pas nous aider à aller vers de nouveaux modèles. On l’a vu avec le Covid, qui a été un événement tellement extraordinaire - rappelons-nous que le 7 avril 2020, nous étions 4 milliards d'humains confinés sur la planète - qu'après un état de sidération, nous voulons le retour à la normale. Sauf que la normale c’est la croissance économique : un système qui continue de déstabiliser la biosphère et de détruire les habitats naturels, ce qui conduit à l’émergence de nouvelles maladies ! Le plus important aujourd’hui, c’est de reconquérir le temps, de refuser l’accélération perpétuelle du numérique pour penser différemment. 

Ce que l’on peut faire pour accélérer cette transition, c’est déjà démystifier systématiquement ces pseudos-vérités économiques et sociales qu’on persiste à nous asséner. C’est ce que je fais dans mon livre à propos des violences interpersonnelles par exemple. Je montre que l'insécurité réduite aux crimes et délits de personnes sur autrui ne représente presque rien dans la mortalité française. La vraie insécurité fondamentale en France, et qui ressort dans les chiffres, c’est l'insécurité sociale et écologique liée au risque de perdre sa santé, son logement ou un proche dans une canicule. Quand on interroge les gens sur ce qui compte pour eux, la réponse est claire : la santé, l’environnement, l’avenir du modèle social, le pouvoir d’achat. L’immigration, l'identité, l'insécurité ne sont des obsessions que pour les commentateurs qui en font commerce. 

Les derniers rapports du GIEC le montrent, les faits ne suffisent pas à créer cette prise de conscience collective que l’on appelle de nos vœux… 

E. L. : Non, vous avez raison et il serait fâcheux de faire un livre où je critique le fait que des économistes essaient de nous faire prendre des croyances pour des vérités scientifiques en opposant des vérités scientifiques auxquelles j’inciterais à croire. Mais ce n’est pas ce que je fais : j’invite à la critique ouverte. C’est pourquoi à la fin du livre j’appelle à abandonner ces mythologies par l’invention de nouveaux récits. On ne peut pas se contenter de dénoncer nos chimères, car ce qui donne sa valeur à une mythologie, ce n’est pas son caractère rationnel, mais le fait que l’on y croie. Il nous faut donc croire en autre chose que le grand récit de la croissance économique ou de la croissance numérique. Nous avons besoin de récits poétiques et lumineux, pas d’une énième dystopie, Cyril Dion a entièrement raison sur ce point. 

Notre monde sera plus soutenable s’il devient plus juste et plus juste s’il devient plus soutenable ; nous pouvons bénéficier de nos liens sociaux si nous prenons soin de nos attaches naturelles.

Quels devraient être selon vous les récits à pousser ? 

E. L. : Plutôt que de parler de relance de l'économie, de croissance, etc., j’aimerais parler de revitalisation sociale. En France 14% des personnes sont considérées comme isolées socialement, alors qu’elles n’étaient que 9% il y a dix ans. Et les années Covid n’ont fait qu’attaquer davantage nos liens sociaux : des millions de personnes en France sont aujourd’hui affaiblies mentalement, psychologiquement, physiquement... Il y a une véritable urgence sanitaire. 

On peut tenter de l’atténuer en bâtissant un État social-écologique, garant de progrès social et de paix civile. Cette institution émane d'une boucle sociale écologique qui entrelace le cercle social et le cercle naturel. Et cette boucle donne à voir deux nœuds principaux à mettre au cœur de l’économie : la pleine santé, qui comprend tout à la fois, la santé individuelle, collective, biologique, mentale, écologique, et la coopération sociale comme principe fondé sur la réciprocité, la confiance et la justice. Deux récits émergent alors : notre monde sera plus soutenable s’il devient plus juste et plus juste s’il devient plus soutenable ; nous pouvons bénéficier de nos liens sociaux si nous prenons soin de nos attaches naturelles.

Quelles chances ces discours ont-il de percer ?

E. L. : L’écologie est devenue une valeur incontournable dans la société française tandis que la justice sociale a toujours été dans notre nature, si je puis dire. La rencontre social-écologie se fait partout : dans l'opinion publique, dans les partis, dans les syndicats, dans le mouvement associatif, etc.. Tout a changé de ce point de vue quand je compare la situation au moment de la publication de Social-écologie, il y a plus de dix ans. Alors certes dans cette élection il y a un écosystème xénophobe qui a accaparé le devant de la scène, mais ce qui compte c'est que l'opinion publique française soit convaincue que les thèmes les plus importants sont la santé, le modèle social et l'environnement. Et ça, c'est du jamais vu.

Je vois également un motif d'espoir dans ce qu’il se passe en dehors de la France. En Allemagne les écologistes au pouvoir viennent de redéfinir l’objectif national du pays pour passer d’une économie sociale de marché à une économie sociale écologique de marché. Ça peut sembler dérisoire mais c'est fondamental. Cela signifie que la clé de voûte de l’Allemagne devient la sociale écologie. L’Union Européenne a en 2019 été la première puissance du monde à dire que sa stratégie était l’écologie avec le Green Deal. Aux Etats-Unis une nouvelle génération arrive en politique et Trump a été battu par un mouvement social de près de 45 millions de personnes qui ont défilé dans les rues pour #Blacklivesmatter et #metoo. Et la Nouvelle-Zélande a adopté un budget bien-être.

Tout cela est exaltant, même si le système politique français ne l’est pas. Il existe toujours des marges dans lesquelles s’invente l’avenir, des lieux de rémanence dont on ne comprend l’importance qu’après coup, quand le moment vient. Il faut garder nos yeux bien ouverts !


Économiste à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), professeur à Sciences-Po et à l’université Stanford, Eloi Laurent est l’auteur de nombreux ouvrages : Sortir de la croissance : mode d’emploi (Les Liens qui Libèrent, 2021), Et si la santé guidait le monde ? L’espérance de vie vaut mieux que la croissance (Les Liens qui Libèrent, 2021). Son nouvel essai, La raison économique et ses monstres. Mythologies économiques vol. 3, paraît aux éditions Les Liens qui Libèrent le 9 mars 2022.

____

Sur le même sujet :

> “Le progrès économique constitue un développement mortifère”. Entretien avec Bruno Tackels.

> “Chaque fois qu’une civilisation est en crise, il y a un retour des communs.” Entretien avec Michel Bauwens

> “La mondialisation est une oeuvre de colonisation”. Entretien avec Alain Deneault.

La “raison économique” est-elle devenue irrationnelle ?

by 
Clothilde Sauvages et Solène Manouvrier
Magazine
March 8, 2022
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ENTRETIEN avec Eloi Laurent. Partie 1. A l’occasion de la parution de son nouvel essai intitulé « La Raison économique et ses monstres », dans lequel l’économiste déconstruit point par point les croyances économiques que l‘on ne finit pas d’entendre dans le débat public, nous avons souhaité lui poser quelques questions. Pourquoi la pensée économique souffre-t-elle d’une si grande inertie sur le plan écologique et social en France ? Comment sortir d’une situation digne des années 70 où modernité industrielle rime dans notre pays avec EPR et TGV ?

Le titre de votre nouveau livre est : « La Raison économique et ses monstres ». Quelle est cette raison économique que vous invoquez ?

Eloi Laurent : Je différencie l’économie de “la raison économique”. L'économie désigne deux choses différentes. D’un côté, le système social d'organisation des transactions marchandes, autrement appelé système économique, qui n’est pas un discours, mais une réalité. De l’autre, la discipline économique qui comprend la théorie et les politiques économiques permettant d’organiser le système social, qui est un discours et même un récit. 

C’est dans cette seconde dimension que l’on retrouve des mythologies qui polluent le débat public. C’est ce qui fait qu’à chaque fois que l’on parle de justice sociale ou de transition écologique avec des parlementaires européens, des sénateurs français, des maires de grandes villes ou des étudiants, on nous oppose toujours une supposée “raison économique”… Des théories fragiles et dépassées qui se veulent scientifiques alors qu’elles ne sont que des croyances, c’est ça que je dénonce dans le livre. Je montre que ce discours qui affirme qu’il n'y a qu'une seule façon d’envisager l'économie et qui se fait passer pour la raison, est devenu un poison qui irrigue tout le champ politique, de Zemmour à Macron en passant par Pécresse et Roussel. 

Vous parlez de Zemmour. Son discours n’est-il pas avant tout xénophobe et raciste ?

E. L. : Le point de départ du programme de Zemmour n’est pas la haine raciale mais le déclassement économique français par la « perte de compétitivité des entreprises ». C’est parce que nous sommes déclassés qu’il nous faut défendre notre modèle social contre les profiteurs étrangers, en faisant le tri entre les bons et les mauvais français. Le point de départ, c’est donc ce qui est présenté comme « la raison économique » et cette « raison » engendre une monstruosité politique qui est la fin de la citoyenneté républicaine. Avec ce discours, on voit bien que l'économie est devenue un économisme, c’est-à-dire une croyance. Zemmour le dit d’ailleurs très bien : “je ne vois que ce que je crois

Cette idéologie, que j’appelle la social-xénophobie, c’est vraiment le monstre du néo-libéralisme, qui n’a de cesse contre toute évidence de vouloir nous convaincre depuis quarante ans de l’effondrement imminent de notre insupportable modèle social. Evidemment, sans ce modèle social, c’est l’économie française qui se serait effondrée au cours des années Covid. Évidemment, si nous continuons à martyriser notre hôpital public, c’est la santé française qui va s’effondrer. Je trouve que l’on ne dit pas assez à quel point Zemmour est une créature néo-libérale.


Quels sont les fondements de ces mythes économiques ?

E. L. : Le dernier quart du 20ème siècle a été accaparé par le modèle hérité de la Seconde Guerre mondiale, selon lequel la colonne vertébrale des sociétés doit être la raison économique. Le raisonnement est le suivant : nous devons produire des richesses, et pour ça rien de plus efficace que le marché et la libre concurrence. Grâce à ces richesses nous pouvons par la redistribution développer un modèle social et grâce à ce modèle social nous pouvons garantir la paix civile. Autrement dit : croissance économique = progrès social = paix civile. C’est à peu près exactement le raisonnement inverse qui est vrai : paix civile = progrès social = croissance économique. 

La modernité économique en 2022 c'est le nucléaire, des TGV entre Toulouse et Bordeaux et la reconquête industrielle ! Pourquoi pas le Concorde ? 

Quel problème ces croyances économiques héritées de la Deuxième Guerre mondiale posent-elles ?

E. L. : J’y insiste dans la conclusion du livre : la rupture fondamentale se produit entre 1934 et 1944 quand on invente coup sur coup le PIB et sa croissance, la politique macroéconomique pour le stimuler et le plein-emploi comme clé de voûte du progrès social. On se dit qu’il est plus facile d’entrer dans le 21ème siècle avec des modèles qui ont marché par le passé que de tenter de nouvelles choses. C’est ce qu’il se passe autour de la transition énergétique en France. Alors que nous savons que la transition énergétique est une question territoriale et démocratique, pour laquelle il faut un débat et une participation citoyenne, et que nous avons désormais le modèle de nos voisins allemands, on lui préfère toujours le nucléaire et son centralisme technocratique. Peu importe que cette technologie soit de plus en plus coûteuse et de moins en moins sûre, elle a fonctionné dans les années 1970. C’est là où l'idéologie néo-libérale réconcilie l’Etat et le marché : c’est ce que Léon Walras appelait le « commissaire-priseur ». Il est toujours stupéfiant de constater l’inertie intellectuelle, à un siècle de distance…

C’est de là que naît votre ton incisif dans le livre ?

E. L. : Mon ton est à la fois le symptôme d’une lassitude et d’une urgence. Lassitude par rapport à ces croyances économiques datées qui demeurent telles des discours zombies, ces discours dont parlait l’économiste Paul Krugman qui reviennent éternellement et dont on n’arrive pas à se débarrasser : croissance, austérité, compétitivité, attractivité. Quand je regarde les discours économiques actuels je me dis : bienvenue dans les années 70 ! La modernité économique en 2022 c'est le nucléaire, des TGV entre Toulouse et Bordeaux et la reconquête industrielle ! Pourquoi pas le Concorde ? 

Et urgence, car nous sommes dans une décennie critique. Nous savons qu’à partir de 2030 nous allons entrer dans un monde radicalement différent du fait de la dégradation de la biosphère où nous pourrions ne plus avoir la capacité de changer, même si nous le voulions, c’est le sens des « limites dures » dont parle le dernier Rapport du GIEC. Nous commençons à comprendre que nous allons vivre une succession de chocs écologiques qui pourraient nous empêcher de réaliser la transition nécessaire pour atténuer ces chocs. Or avec le Covid, nous venons de perdre deux années, soit 20% du temps restant...  Nous n’avons plus de temps à perdre.

Nous avons besoin de récits poétiques et lumineux, pas d’une énième dystopie.

Comment aller plus vite pour se défaire de nos chimères économiques et aller vers de nouveaux modèles plus adaptés à notre époque ?

E. L. : La mauvaise nouvelle, c’est que la succession de chocs qui nous attend ne va pas nous aider à aller vers de nouveaux modèles. On l’a vu avec le Covid, qui a été un événement tellement extraordinaire - rappelons-nous que le 7 avril 2020, nous étions 4 milliards d'humains confinés sur la planète - qu'après un état de sidération, nous voulons le retour à la normale. Sauf que la normale c’est la croissance économique : un système qui continue de déstabiliser la biosphère et de détruire les habitats naturels, ce qui conduit à l’émergence de nouvelles maladies ! Le plus important aujourd’hui, c’est de reconquérir le temps, de refuser l’accélération perpétuelle du numérique pour penser différemment. 

Ce que l’on peut faire pour accélérer cette transition, c’est déjà démystifier systématiquement ces pseudos-vérités économiques et sociales qu’on persiste à nous asséner. C’est ce que je fais dans mon livre à propos des violences interpersonnelles par exemple. Je montre que l'insécurité réduite aux crimes et délits de personnes sur autrui ne représente presque rien dans la mortalité française. La vraie insécurité fondamentale en France, et qui ressort dans les chiffres, c’est l'insécurité sociale et écologique liée au risque de perdre sa santé, son logement ou un proche dans une canicule. Quand on interroge les gens sur ce qui compte pour eux, la réponse est claire : la santé, l’environnement, l’avenir du modèle social, le pouvoir d’achat. L’immigration, l'identité, l'insécurité ne sont des obsessions que pour les commentateurs qui en font commerce. 

Les derniers rapports du GIEC le montrent, les faits ne suffisent pas à créer cette prise de conscience collective que l’on appelle de nos vœux… 

E. L. : Non, vous avez raison et il serait fâcheux de faire un livre où je critique le fait que des économistes essaient de nous faire prendre des croyances pour des vérités scientifiques en opposant des vérités scientifiques auxquelles j’inciterais à croire. Mais ce n’est pas ce que je fais : j’invite à la critique ouverte. C’est pourquoi à la fin du livre j’appelle à abandonner ces mythologies par l’invention de nouveaux récits. On ne peut pas se contenter de dénoncer nos chimères, car ce qui donne sa valeur à une mythologie, ce n’est pas son caractère rationnel, mais le fait que l’on y croie. Il nous faut donc croire en autre chose que le grand récit de la croissance économique ou de la croissance numérique. Nous avons besoin de récits poétiques et lumineux, pas d’une énième dystopie, Cyril Dion a entièrement raison sur ce point. 

Notre monde sera plus soutenable s’il devient plus juste et plus juste s’il devient plus soutenable ; nous pouvons bénéficier de nos liens sociaux si nous prenons soin de nos attaches naturelles.

Quels devraient être selon vous les récits à pousser ? 

E. L. : Plutôt que de parler de relance de l'économie, de croissance, etc., j’aimerais parler de revitalisation sociale. En France 14% des personnes sont considérées comme isolées socialement, alors qu’elles n’étaient que 9% il y a dix ans. Et les années Covid n’ont fait qu’attaquer davantage nos liens sociaux : des millions de personnes en France sont aujourd’hui affaiblies mentalement, psychologiquement, physiquement... Il y a une véritable urgence sanitaire. 

On peut tenter de l’atténuer en bâtissant un État social-écologique, garant de progrès social et de paix civile. Cette institution émane d'une boucle sociale écologique qui entrelace le cercle social et le cercle naturel. Et cette boucle donne à voir deux nœuds principaux à mettre au cœur de l’économie : la pleine santé, qui comprend tout à la fois, la santé individuelle, collective, biologique, mentale, écologique, et la coopération sociale comme principe fondé sur la réciprocité, la confiance et la justice. Deux récits émergent alors : notre monde sera plus soutenable s’il devient plus juste et plus juste s’il devient plus soutenable ; nous pouvons bénéficier de nos liens sociaux si nous prenons soin de nos attaches naturelles.

Quelles chances ces discours ont-il de percer ?

E. L. : L’écologie est devenue une valeur incontournable dans la société française tandis que la justice sociale a toujours été dans notre nature, si je puis dire. La rencontre social-écologie se fait partout : dans l'opinion publique, dans les partis, dans les syndicats, dans le mouvement associatif, etc.. Tout a changé de ce point de vue quand je compare la situation au moment de la publication de Social-écologie, il y a plus de dix ans. Alors certes dans cette élection il y a un écosystème xénophobe qui a accaparé le devant de la scène, mais ce qui compte c'est que l'opinion publique française soit convaincue que les thèmes les plus importants sont la santé, le modèle social et l'environnement. Et ça, c'est du jamais vu.

Je vois également un motif d'espoir dans ce qu’il se passe en dehors de la France. En Allemagne les écologistes au pouvoir viennent de redéfinir l’objectif national du pays pour passer d’une économie sociale de marché à une économie sociale écologique de marché. Ça peut sembler dérisoire mais c'est fondamental. Cela signifie que la clé de voûte de l’Allemagne devient la sociale écologie. L’Union Européenne a en 2019 été la première puissance du monde à dire que sa stratégie était l’écologie avec le Green Deal. Aux Etats-Unis une nouvelle génération arrive en politique et Trump a été battu par un mouvement social de près de 45 millions de personnes qui ont défilé dans les rues pour #Blacklivesmatter et #metoo. Et la Nouvelle-Zélande a adopté un budget bien-être.

Tout cela est exaltant, même si le système politique français ne l’est pas. Il existe toujours des marges dans lesquelles s’invente l’avenir, des lieux de rémanence dont on ne comprend l’importance qu’après coup, quand le moment vient. Il faut garder nos yeux bien ouverts !


Économiste à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), professeur à Sciences-Po et à l’université Stanford, Eloi Laurent est l’auteur de nombreux ouvrages : Sortir de la croissance : mode d’emploi (Les Liens qui Libèrent, 2021), Et si la santé guidait le monde ? L’espérance de vie vaut mieux que la croissance (Les Liens qui Libèrent, 2021). Son nouvel essai, La raison économique et ses monstres. Mythologies économiques vol. 3, paraît aux éditions Les Liens qui Libèrent le 9 mars 2022.

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Sur le même sujet :

> “Le progrès économique constitue un développement mortifère”. Entretien avec Bruno Tackels.

> “Chaque fois qu’une civilisation est en crise, il y a un retour des communs.” Entretien avec Michel Bauwens

> “La mondialisation est une oeuvre de colonisation”. Entretien avec Alain Deneault.

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Clothilde Sauvages et Solène Manouvrier
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March 8, 2022

La “raison économique” est-elle devenue irrationnelle ?

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Clothilde Sauvages et Solène Manouvrier
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ENTRETIEN avec Eloi Laurent. Partie 1. A l’occasion de la parution de son nouvel essai intitulé « La Raison économique et ses monstres », dans lequel l’économiste déconstruit point par point les croyances économiques que l‘on ne finit pas d’entendre dans le débat public, nous avons souhaité lui poser quelques questions. Pourquoi la pensée économique souffre-t-elle d’une si grande inertie sur le plan écologique et social en France ? Comment sortir d’une situation digne des années 70 où modernité industrielle rime dans notre pays avec EPR et TGV ?

Le titre de votre nouveau livre est : « La Raison économique et ses monstres ». Quelle est cette raison économique que vous invoquez ?

Eloi Laurent : Je différencie l’économie de “la raison économique”. L'économie désigne deux choses différentes. D’un côté, le système social d'organisation des transactions marchandes, autrement appelé système économique, qui n’est pas un discours, mais une réalité. De l’autre, la discipline économique qui comprend la théorie et les politiques économiques permettant d’organiser le système social, qui est un discours et même un récit. 

C’est dans cette seconde dimension que l’on retrouve des mythologies qui polluent le débat public. C’est ce qui fait qu’à chaque fois que l’on parle de justice sociale ou de transition écologique avec des parlementaires européens, des sénateurs français, des maires de grandes villes ou des étudiants, on nous oppose toujours une supposée “raison économique”… Des théories fragiles et dépassées qui se veulent scientifiques alors qu’elles ne sont que des croyances, c’est ça que je dénonce dans le livre. Je montre que ce discours qui affirme qu’il n'y a qu'une seule façon d’envisager l'économie et qui se fait passer pour la raison, est devenu un poison qui irrigue tout le champ politique, de Zemmour à Macron en passant par Pécresse et Roussel. 

Vous parlez de Zemmour. Son discours n’est-il pas avant tout xénophobe et raciste ?

E. L. : Le point de départ du programme de Zemmour n’est pas la haine raciale mais le déclassement économique français par la « perte de compétitivité des entreprises ». C’est parce que nous sommes déclassés qu’il nous faut défendre notre modèle social contre les profiteurs étrangers, en faisant le tri entre les bons et les mauvais français. Le point de départ, c’est donc ce qui est présenté comme « la raison économique » et cette « raison » engendre une monstruosité politique qui est la fin de la citoyenneté républicaine. Avec ce discours, on voit bien que l'économie est devenue un économisme, c’est-à-dire une croyance. Zemmour le dit d’ailleurs très bien : “je ne vois que ce que je crois

Cette idéologie, que j’appelle la social-xénophobie, c’est vraiment le monstre du néo-libéralisme, qui n’a de cesse contre toute évidence de vouloir nous convaincre depuis quarante ans de l’effondrement imminent de notre insupportable modèle social. Evidemment, sans ce modèle social, c’est l’économie française qui se serait effondrée au cours des années Covid. Évidemment, si nous continuons à martyriser notre hôpital public, c’est la santé française qui va s’effondrer. Je trouve que l’on ne dit pas assez à quel point Zemmour est une créature néo-libérale.


Quels sont les fondements de ces mythes économiques ?

E. L. : Le dernier quart du 20ème siècle a été accaparé par le modèle hérité de la Seconde Guerre mondiale, selon lequel la colonne vertébrale des sociétés doit être la raison économique. Le raisonnement est le suivant : nous devons produire des richesses, et pour ça rien de plus efficace que le marché et la libre concurrence. Grâce à ces richesses nous pouvons par la redistribution développer un modèle social et grâce à ce modèle social nous pouvons garantir la paix civile. Autrement dit : croissance économique = progrès social = paix civile. C’est à peu près exactement le raisonnement inverse qui est vrai : paix civile = progrès social = croissance économique. 

La modernité économique en 2022 c'est le nucléaire, des TGV entre Toulouse et Bordeaux et la reconquête industrielle ! Pourquoi pas le Concorde ? 

Quel problème ces croyances économiques héritées de la Deuxième Guerre mondiale posent-elles ?

E. L. : J’y insiste dans la conclusion du livre : la rupture fondamentale se produit entre 1934 et 1944 quand on invente coup sur coup le PIB et sa croissance, la politique macroéconomique pour le stimuler et le plein-emploi comme clé de voûte du progrès social. On se dit qu’il est plus facile d’entrer dans le 21ème siècle avec des modèles qui ont marché par le passé que de tenter de nouvelles choses. C’est ce qu’il se passe autour de la transition énergétique en France. Alors que nous savons que la transition énergétique est une question territoriale et démocratique, pour laquelle il faut un débat et une participation citoyenne, et que nous avons désormais le modèle de nos voisins allemands, on lui préfère toujours le nucléaire et son centralisme technocratique. Peu importe que cette technologie soit de plus en plus coûteuse et de moins en moins sûre, elle a fonctionné dans les années 1970. C’est là où l'idéologie néo-libérale réconcilie l’Etat et le marché : c’est ce que Léon Walras appelait le « commissaire-priseur ». Il est toujours stupéfiant de constater l’inertie intellectuelle, à un siècle de distance…

C’est de là que naît votre ton incisif dans le livre ?

E. L. : Mon ton est à la fois le symptôme d’une lassitude et d’une urgence. Lassitude par rapport à ces croyances économiques datées qui demeurent telles des discours zombies, ces discours dont parlait l’économiste Paul Krugman qui reviennent éternellement et dont on n’arrive pas à se débarrasser : croissance, austérité, compétitivité, attractivité. Quand je regarde les discours économiques actuels je me dis : bienvenue dans les années 70 ! La modernité économique en 2022 c'est le nucléaire, des TGV entre Toulouse et Bordeaux et la reconquête industrielle ! Pourquoi pas le Concorde ? 

Et urgence, car nous sommes dans une décennie critique. Nous savons qu’à partir de 2030 nous allons entrer dans un monde radicalement différent du fait de la dégradation de la biosphère où nous pourrions ne plus avoir la capacité de changer, même si nous le voulions, c’est le sens des « limites dures » dont parle le dernier Rapport du GIEC. Nous commençons à comprendre que nous allons vivre une succession de chocs écologiques qui pourraient nous empêcher de réaliser la transition nécessaire pour atténuer ces chocs. Or avec le Covid, nous venons de perdre deux années, soit 20% du temps restant...  Nous n’avons plus de temps à perdre.

Nous avons besoin de récits poétiques et lumineux, pas d’une énième dystopie.

Comment aller plus vite pour se défaire de nos chimères économiques et aller vers de nouveaux modèles plus adaptés à notre époque ?

E. L. : La mauvaise nouvelle, c’est que la succession de chocs qui nous attend ne va pas nous aider à aller vers de nouveaux modèles. On l’a vu avec le Covid, qui a été un événement tellement extraordinaire - rappelons-nous que le 7 avril 2020, nous étions 4 milliards d'humains confinés sur la planète - qu'après un état de sidération, nous voulons le retour à la normale. Sauf que la normale c’est la croissance économique : un système qui continue de déstabiliser la biosphère et de détruire les habitats naturels, ce qui conduit à l’émergence de nouvelles maladies ! Le plus important aujourd’hui, c’est de reconquérir le temps, de refuser l’accélération perpétuelle du numérique pour penser différemment. 

Ce que l’on peut faire pour accélérer cette transition, c’est déjà démystifier systématiquement ces pseudos-vérités économiques et sociales qu’on persiste à nous asséner. C’est ce que je fais dans mon livre à propos des violences interpersonnelles par exemple. Je montre que l'insécurité réduite aux crimes et délits de personnes sur autrui ne représente presque rien dans la mortalité française. La vraie insécurité fondamentale en France, et qui ressort dans les chiffres, c’est l'insécurité sociale et écologique liée au risque de perdre sa santé, son logement ou un proche dans une canicule. Quand on interroge les gens sur ce qui compte pour eux, la réponse est claire : la santé, l’environnement, l’avenir du modèle social, le pouvoir d’achat. L’immigration, l'identité, l'insécurité ne sont des obsessions que pour les commentateurs qui en font commerce. 

Les derniers rapports du GIEC le montrent, les faits ne suffisent pas à créer cette prise de conscience collective que l’on appelle de nos vœux… 

E. L. : Non, vous avez raison et il serait fâcheux de faire un livre où je critique le fait que des économistes essaient de nous faire prendre des croyances pour des vérités scientifiques en opposant des vérités scientifiques auxquelles j’inciterais à croire. Mais ce n’est pas ce que je fais : j’invite à la critique ouverte. C’est pourquoi à la fin du livre j’appelle à abandonner ces mythologies par l’invention de nouveaux récits. On ne peut pas se contenter de dénoncer nos chimères, car ce qui donne sa valeur à une mythologie, ce n’est pas son caractère rationnel, mais le fait que l’on y croie. Il nous faut donc croire en autre chose que le grand récit de la croissance économique ou de la croissance numérique. Nous avons besoin de récits poétiques et lumineux, pas d’une énième dystopie, Cyril Dion a entièrement raison sur ce point. 

Notre monde sera plus soutenable s’il devient plus juste et plus juste s’il devient plus soutenable ; nous pouvons bénéficier de nos liens sociaux si nous prenons soin de nos attaches naturelles.

Quels devraient être selon vous les récits à pousser ? 

E. L. : Plutôt que de parler de relance de l'économie, de croissance, etc., j’aimerais parler de revitalisation sociale. En France 14% des personnes sont considérées comme isolées socialement, alors qu’elles n’étaient que 9% il y a dix ans. Et les années Covid n’ont fait qu’attaquer davantage nos liens sociaux : des millions de personnes en France sont aujourd’hui affaiblies mentalement, psychologiquement, physiquement... Il y a une véritable urgence sanitaire. 

On peut tenter de l’atténuer en bâtissant un État social-écologique, garant de progrès social et de paix civile. Cette institution émane d'une boucle sociale écologique qui entrelace le cercle social et le cercle naturel. Et cette boucle donne à voir deux nœuds principaux à mettre au cœur de l’économie : la pleine santé, qui comprend tout à la fois, la santé individuelle, collective, biologique, mentale, écologique, et la coopération sociale comme principe fondé sur la réciprocité, la confiance et la justice. Deux récits émergent alors : notre monde sera plus soutenable s’il devient plus juste et plus juste s’il devient plus soutenable ; nous pouvons bénéficier de nos liens sociaux si nous prenons soin de nos attaches naturelles.

Quelles chances ces discours ont-il de percer ?

E. L. : L’écologie est devenue une valeur incontournable dans la société française tandis que la justice sociale a toujours été dans notre nature, si je puis dire. La rencontre social-écologie se fait partout : dans l'opinion publique, dans les partis, dans les syndicats, dans le mouvement associatif, etc.. Tout a changé de ce point de vue quand je compare la situation au moment de la publication de Social-écologie, il y a plus de dix ans. Alors certes dans cette élection il y a un écosystème xénophobe qui a accaparé le devant de la scène, mais ce qui compte c'est que l'opinion publique française soit convaincue que les thèmes les plus importants sont la santé, le modèle social et l'environnement. Et ça, c'est du jamais vu.

Je vois également un motif d'espoir dans ce qu’il se passe en dehors de la France. En Allemagne les écologistes au pouvoir viennent de redéfinir l’objectif national du pays pour passer d’une économie sociale de marché à une économie sociale écologique de marché. Ça peut sembler dérisoire mais c'est fondamental. Cela signifie que la clé de voûte de l’Allemagne devient la sociale écologie. L’Union Européenne a en 2019 été la première puissance du monde à dire que sa stratégie était l’écologie avec le Green Deal. Aux Etats-Unis une nouvelle génération arrive en politique et Trump a été battu par un mouvement social de près de 45 millions de personnes qui ont défilé dans les rues pour #Blacklivesmatter et #metoo. Et la Nouvelle-Zélande a adopté un budget bien-être.

Tout cela est exaltant, même si le système politique français ne l’est pas. Il existe toujours des marges dans lesquelles s’invente l’avenir, des lieux de rémanence dont on ne comprend l’importance qu’après coup, quand le moment vient. Il faut garder nos yeux bien ouverts !


Économiste à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), professeur à Sciences-Po et à l’université Stanford, Eloi Laurent est l’auteur de nombreux ouvrages : Sortir de la croissance : mode d’emploi (Les Liens qui Libèrent, 2021), Et si la santé guidait le monde ? L’espérance de vie vaut mieux que la croissance (Les Liens qui Libèrent, 2021). Son nouvel essai, La raison économique et ses monstres. Mythologies économiques vol. 3, paraît aux éditions Les Liens qui Libèrent le 9 mars 2022.

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Clothilde Sauvages et Solène Manouvrier
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