Magazine
February 21, 2019

Faire du numérique un choix de société

Qui gouverne le monde ?

En l’espace d’une décennie, leurs services sont devenus largement utilisés ; près d’un tiers de l’humanité a un compte Facebook et 91% des recherches internet se font sur Google. Mais elles ont aussi un poids économique conséquent et croissant - les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) sont parmi les 10 premières capitalisations boursières mondiales avec plus de 3 600 Mds de Dollars cumulés. Et elles ne connaissent que très peu de concurrence, si ce n’est leurs équivalents chinois BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi). Si des monopoles ont déjà existé dans notre histoire, nous n’en avons jamais connu avec une telle concentration de richesses et de pouvoir. À tel point qu’elles échappent à la fiscalité de tous les pays et les projets pour les taxer et les réguler demeurent globalement vains.

Leur nombre d’utilisateurs et leurs poids économique font d’eux des géants, mais ce n’est pas tout : ces entreprises du numérique questionnent les limites éthiques de notre humanité (projet transhumaniste de Google, via sa filiale Calico), redéfinissent les normes sociales (Amazon pousse à la surconsommation et au gaspillage, comme on a pu le voir récemment avec la destruction massive d’invendus), impactent le système politique de nos États (Facebook et le scandale Cambridge Analytica pendant les élections américaines) ou participent à la surveillance des citoyens (collaboration NSA et Microsoft sur PRISM). Et malgré leurs efforts pour consommer de l’énergie renouvelable, leurs activités laissent au passage une empreinte écologique croissante (obsolescence programmée des téléphones Apple).

Les GAFAM sont les autocrates auto-déclarés d’une société du tout numérique, mais ne regarder qu’eux serait une erreur. Derrière eux, de nombreuses entreprises numériques emboîtent le pas d’une prise de pouvoir inégalée, à commencer par les suivants, les NATU : Netflix qui accapare 15% de la bande passante d’internet, Airbnb qui accroît les tensions immobilières dans de nombreuses villes, Tesla et Uber dont les projets de flottes de véhicules autonomes à la demande vont sans nul doute avoir un impact considérable sur l’évolution des villes.

Faire du numérique un choix de société

Comme celles qui les ont précédées, les technologies numériques doivent être considérées comme des outils qui peuvent nous aider à mieux vivre. Comme tout outil, le numérique nous semble neutre. Mais, il ne l’est pas. Nous produisons quotidiennement des milliers de données sur internet - nos activités, nos déplacements, les contenus que nous apprécions, etc.. Inutiles individuellement, ces informations une fois croisées entre elles et comparées à d’autres millions de données permettent de créer des services numériques puissants. La plupart du temps ces données sont utilisées pour faire de nous des cibles publicitaires, alors même que nous avons contribué à produire ces services. Ainsi, ces plateformes sont conçues de manière à maintenir notre attention et à récolter toujours davantage de données, pour mieux servir leur clients, c’est à dire les entreprises qui achètent de l’espace publicitaire.

Ces outils ont d’autres effets collatéraux. Prenons l’exemple de l’algorithme de recommandation Youtube qui suggère environ 70% des 700 millions d’heures de vidéos visionnées par jour. Cet algorithme est avant tout pensé pour maximiser les revenus publicitaires. Algo Transparency a ainsi démontré que pendant la campagne présidentielle américaine l’algorithme de Youtube suggérait davantage les vidéos de Trump, reconnues plus captives pour les utilisateurs que celles de Clinton, biaisant ainsi l’avis des citoyens et les principes démocratiques.

Force est de constater que face à ces empires numériques, majoritairement, nous nous satisfaisons du troc de nos données contre des services censés nous faciliter la vie. Nous ne sommes que les produits passifs et complaisants d’un modèle économique publicitaire basé sur l’utilisation optimale de notre “temps de cerveau disponible”. Et collectivement, notre indifférence nous condamne à donner toujours plus de pouvoir et de valeur aux géants du net, qui ont leurs propres projets pour la société.

Imaginons alors un instant que nous reprenions le pouvoir sur les géants du numérique et que nous puissions le façonner de manière à améliorer notre société. Par où commencer ?

Mettre les données au service de l’intérêt général

Croiser les données de santé des français et les analyser permettrait de détecter plus tôt les scandales pharmaceutiques, d’améliorer l’efficacité des traitements ou encore d’accélérer la recherche. Récupérer les données éducatives, c’est ouvrir la possibilité d’analyser les critères d’apprentissage et de réussite de nos enfants. Autant d’exemples qui nous montrent qu’entre de bonnes mains les données et les outils d’analyse pourraient nous permettre d’améliorer la société. Encore faut-il répondre à plusieurs questions : quelle doit être la propriété des données - individuelle, aux entreprises ou collective ? Quels sont les acteurs suffisamment représentatifs des utilisateurs, transparents et indépendants pour assurer ces services ? N’y a t’il pas une limite éthique à tout cela ?

Sauver la démocratie

Alors que nous connaissons actuellement une crise démocratique, il est légitime de se demander où s’exerce la démocratie aujourd’hui ? Les réseaux sociaux sont devenus des espaces inédits de mobilisation, de discussion, mais demeurent des plateformes privées aux intérêts financiers. Dans le même temps, les budgets participatifs, plateformes de consultation et pétitions numériques tentent de réenchanter la démocratie, mais ne sont pas pleinement représentatives, peuvent être détournées et manquent parfois de transparence.

Alors que se passerait-il si nous pensions la démocratie bien différemment ? Serait-il possible d’utiliser le numérique pour améliorer nos critères de représentativité, accroître la transparence des votes et prises de décisions, ou encore nous aider à prendre de “bonnes décisions” ?

Accélérer la transition écologique

Utilisation exponentielle des métaux rares, accumulation déraisonnée des données, … le numérique a sa part de responsabilité dans le changement climatique. Mais face à l’urgence d’une réaction collective, le numérique peut aussi être la solution. Il nous offre des possibilités inédites de nous organiser sur la cause écologique, comme nous l’avons vu récemment avec les initiatives il est encore temps ou l’affaire du siècle. Le numérique peut aussi être mis au service de la transition écologique. Alors comment utiliser les données pour améliorer la sobriété énergétique, inventer de nouveaux services respectueux de l’environnement, ou encore créer une nouvelle fiscalité écologique ?

Reprendre le pouvoir

Les enjeux de notre société sont gigantesques et l’actualité nous le rappelle violemment - catastrophes écologiques, hausse des inégalités, crise démocratique. Les technologies numériques font partie des outils qui peuvent nous aider à développer des solutions ! Et nous, citoyens, devons nous mobiliser et pousser nos politiques à reprendre la main sur les grandes entreprises du numérique, mettre en place un numérique libre et ouverte, redonner du pouvoir aux utilisateurs et intégrer l’impact environnemental dans nos choix technologiques. La marche est haute, mais elle est atteignable !

Et dans le même temps, nous aurions tort de ne pas nous interroger plus profondément sur les causes des enjeux évoqués précédemment. Comme le dit Evgeny Morozov à travers la notion de “solutionnisme” technologique : « ce qui pose problème n’est pas les solutions proposées, mais plutôt la définition même de la question ».

Et c’est ainsi que nous devons nous questionner :  lorsque nous donnons nos données, est-ce pour le meilleur ou pour le pire ? Le numérique va-t-il sauver ou tuer la démocratie ? Est-il le pompier ou le pyromane du réchauffement climatique ?

Ce sont les questions auxquelles nous vous proposons de répondre lors du Grand Barouf Numérique, un événement public et gratuit, co-organisé avec la Métropole Européenne de Lille et Pop et qui se tiendra mercredi 20 et jeudi 21 mars 2019 à Lille. Votre mission pendant ces deux jours : prendre part à une assemblée parlementaire fictive et prospective, débattre du rôle que doit jouer le numérique dans la société et vous prononcer sur des propositions de loi d’anticipation.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur legrandbarouf.fr

Faire du numérique un choix de société

by 
Martin Werlen
Magazine
February 14, 2019
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Chers contemporains, nous voilà devenus des Homo Numericus, des Hommes augmentés de smartphones, en quête de simplification et d’optimisation de notre quotidien pour se déplacer, communiquer, travailler, s’informer. Quelques entreprises, en échange de services dont il devient de plus en plus difficile de nous séparer, accumulent des données qui font de nous de meilleures cibles publicitaires. Et nous nous en satisfaisons. Et dans un même élan, ce sont nos sociétés qui se numérisent : l’État remplace les services publics par des sites Internet et les collectivités créent des plateformes de participation. Nous voilà devenus de bons citoyens numériques et notre société subit sa mise à jour : société 2.0, société numérique ! Que se passerait-il si nous reprenions le pouvoir ?

Qui gouverne le monde ?

En l’espace d’une décennie, leurs services sont devenus largement utilisés ; près d’un tiers de l’humanité a un compte Facebook et 91% des recherches internet se font sur Google. Mais elles ont aussi un poids économique conséquent et croissant - les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) sont parmi les 10 premières capitalisations boursières mondiales avec plus de 3 600 Mds de Dollars cumulés. Et elles ne connaissent que très peu de concurrence, si ce n’est leurs équivalents chinois BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi). Si des monopoles ont déjà existé dans notre histoire, nous n’en avons jamais connu avec une telle concentration de richesses et de pouvoir. À tel point qu’elles échappent à la fiscalité de tous les pays et les projets pour les taxer et les réguler demeurent globalement vains.

Leur nombre d’utilisateurs et leurs poids économique font d’eux des géants, mais ce n’est pas tout : ces entreprises du numérique questionnent les limites éthiques de notre humanité (projet transhumaniste de Google, via sa filiale Calico), redéfinissent les normes sociales (Amazon pousse à la surconsommation et au gaspillage, comme on a pu le voir récemment avec la destruction massive d’invendus), impactent le système politique de nos États (Facebook et le scandale Cambridge Analytica pendant les élections américaines) ou participent à la surveillance des citoyens (collaboration NSA et Microsoft sur PRISM). Et malgré leurs efforts pour consommer de l’énergie renouvelable, leurs activités laissent au passage une empreinte écologique croissante (obsolescence programmée des téléphones Apple).

Les GAFAM sont les autocrates auto-déclarés d’une société du tout numérique, mais ne regarder qu’eux serait une erreur. Derrière eux, de nombreuses entreprises numériques emboîtent le pas d’une prise de pouvoir inégalée, à commencer par les suivants, les NATU : Netflix qui accapare 15% de la bande passante d’internet, Airbnb qui accroît les tensions immobilières dans de nombreuses villes, Tesla et Uber dont les projets de flottes de véhicules autonomes à la demande vont sans nul doute avoir un impact considérable sur l’évolution des villes.

Faire du numérique un choix de société

Comme celles qui les ont précédées, les technologies numériques doivent être considérées comme des outils qui peuvent nous aider à mieux vivre. Comme tout outil, le numérique nous semble neutre. Mais, il ne l’est pas. Nous produisons quotidiennement des milliers de données sur internet - nos activités, nos déplacements, les contenus que nous apprécions, etc.. Inutiles individuellement, ces informations une fois croisées entre elles et comparées à d’autres millions de données permettent de créer des services numériques puissants. La plupart du temps ces données sont utilisées pour faire de nous des cibles publicitaires, alors même que nous avons contribué à produire ces services. Ainsi, ces plateformes sont conçues de manière à maintenir notre attention et à récolter toujours davantage de données, pour mieux servir leur clients, c’est à dire les entreprises qui achètent de l’espace publicitaire.

Ces outils ont d’autres effets collatéraux. Prenons l’exemple de l’algorithme de recommandation Youtube qui suggère environ 70% des 700 millions d’heures de vidéos visionnées par jour. Cet algorithme est avant tout pensé pour maximiser les revenus publicitaires. Algo Transparency a ainsi démontré que pendant la campagne présidentielle américaine l’algorithme de Youtube suggérait davantage les vidéos de Trump, reconnues plus captives pour les utilisateurs que celles de Clinton, biaisant ainsi l’avis des citoyens et les principes démocratiques.

Force est de constater que face à ces empires numériques, majoritairement, nous nous satisfaisons du troc de nos données contre des services censés nous faciliter la vie. Nous ne sommes que les produits passifs et complaisants d’un modèle économique publicitaire basé sur l’utilisation optimale de notre “temps de cerveau disponible”. Et collectivement, notre indifférence nous condamne à donner toujours plus de pouvoir et de valeur aux géants du net, qui ont leurs propres projets pour la société.

Imaginons alors un instant que nous reprenions le pouvoir sur les géants du numérique et que nous puissions le façonner de manière à améliorer notre société. Par où commencer ?

Mettre les données au service de l’intérêt général

Croiser les données de santé des français et les analyser permettrait de détecter plus tôt les scandales pharmaceutiques, d’améliorer l’efficacité des traitements ou encore d’accélérer la recherche. Récupérer les données éducatives, c’est ouvrir la possibilité d’analyser les critères d’apprentissage et de réussite de nos enfants. Autant d’exemples qui nous montrent qu’entre de bonnes mains les données et les outils d’analyse pourraient nous permettre d’améliorer la société. Encore faut-il répondre à plusieurs questions : quelle doit être la propriété des données - individuelle, aux entreprises ou collective ? Quels sont les acteurs suffisamment représentatifs des utilisateurs, transparents et indépendants pour assurer ces services ? N’y a t’il pas une limite éthique à tout cela ?

Sauver la démocratie

Alors que nous connaissons actuellement une crise démocratique, il est légitime de se demander où s’exerce la démocratie aujourd’hui ? Les réseaux sociaux sont devenus des espaces inédits de mobilisation, de discussion, mais demeurent des plateformes privées aux intérêts financiers. Dans le même temps, les budgets participatifs, plateformes de consultation et pétitions numériques tentent de réenchanter la démocratie, mais ne sont pas pleinement représentatives, peuvent être détournées et manquent parfois de transparence.

Alors que se passerait-il si nous pensions la démocratie bien différemment ? Serait-il possible d’utiliser le numérique pour améliorer nos critères de représentativité, accroître la transparence des votes et prises de décisions, ou encore nous aider à prendre de “bonnes décisions” ?

Accélérer la transition écologique

Utilisation exponentielle des métaux rares, accumulation déraisonnée des données, … le numérique a sa part de responsabilité dans le changement climatique. Mais face à l’urgence d’une réaction collective, le numérique peut aussi être la solution. Il nous offre des possibilités inédites de nous organiser sur la cause écologique, comme nous l’avons vu récemment avec les initiatives il est encore temps ou l’affaire du siècle. Le numérique peut aussi être mis au service de la transition écologique. Alors comment utiliser les données pour améliorer la sobriété énergétique, inventer de nouveaux services respectueux de l’environnement, ou encore créer une nouvelle fiscalité écologique ?

Reprendre le pouvoir

Les enjeux de notre société sont gigantesques et l’actualité nous le rappelle violemment - catastrophes écologiques, hausse des inégalités, crise démocratique. Les technologies numériques font partie des outils qui peuvent nous aider à développer des solutions ! Et nous, citoyens, devons nous mobiliser et pousser nos politiques à reprendre la main sur les grandes entreprises du numérique, mettre en place un numérique libre et ouverte, redonner du pouvoir aux utilisateurs et intégrer l’impact environnemental dans nos choix technologiques. La marche est haute, mais elle est atteignable !

Et dans le même temps, nous aurions tort de ne pas nous interroger plus profondément sur les causes des enjeux évoqués précédemment. Comme le dit Evgeny Morozov à travers la notion de “solutionnisme” technologique : « ce qui pose problème n’est pas les solutions proposées, mais plutôt la définition même de la question ».

Et c’est ainsi que nous devons nous questionner :  lorsque nous donnons nos données, est-ce pour le meilleur ou pour le pire ? Le numérique va-t-il sauver ou tuer la démocratie ? Est-il le pompier ou le pyromane du réchauffement climatique ?

Ce sont les questions auxquelles nous vous proposons de répondre lors du Grand Barouf Numérique, un événement public et gratuit, co-organisé avec la Métropole Européenne de Lille et Pop et qui se tiendra mercredi 20 et jeudi 21 mars 2019 à Lille. Votre mission pendant ces deux jours : prendre part à une assemblée parlementaire fictive et prospective, débattre du rôle que doit jouer le numérique dans la société et vous prononcer sur des propositions de loi d’anticipation.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur legrandbarouf.fr

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February 14, 2019

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Chers contemporains, nous voilà devenus des Homo Numericus, des Hommes augmentés de smartphones, en quête de simplification et d’optimisation de notre quotidien pour se déplacer, communiquer, travailler, s’informer. Quelques entreprises, en échange de services dont il devient de plus en plus difficile de nous séparer, accumulent des données qui font de nous de meilleures cibles publicitaires. Et nous nous en satisfaisons. Et dans un même élan, ce sont nos sociétés qui se numérisent : l’État remplace les services publics par des sites Internet et les collectivités créent des plateformes de participation. Nous voilà devenus de bons citoyens numériques et notre société subit sa mise à jour : société 2.0, société numérique ! Que se passerait-il si nous reprenions le pouvoir ?

Qui gouverne le monde ?

En l’espace d’une décennie, leurs services sont devenus largement utilisés ; près d’un tiers de l’humanité a un compte Facebook et 91% des recherches internet se font sur Google. Mais elles ont aussi un poids économique conséquent et croissant - les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) sont parmi les 10 premières capitalisations boursières mondiales avec plus de 3 600 Mds de Dollars cumulés. Et elles ne connaissent que très peu de concurrence, si ce n’est leurs équivalents chinois BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi). Si des monopoles ont déjà existé dans notre histoire, nous n’en avons jamais connu avec une telle concentration de richesses et de pouvoir. À tel point qu’elles échappent à la fiscalité de tous les pays et les projets pour les taxer et les réguler demeurent globalement vains.

Leur nombre d’utilisateurs et leurs poids économique font d’eux des géants, mais ce n’est pas tout : ces entreprises du numérique questionnent les limites éthiques de notre humanité (projet transhumaniste de Google, via sa filiale Calico), redéfinissent les normes sociales (Amazon pousse à la surconsommation et au gaspillage, comme on a pu le voir récemment avec la destruction massive d’invendus), impactent le système politique de nos États (Facebook et le scandale Cambridge Analytica pendant les élections américaines) ou participent à la surveillance des citoyens (collaboration NSA et Microsoft sur PRISM). Et malgré leurs efforts pour consommer de l’énergie renouvelable, leurs activités laissent au passage une empreinte écologique croissante (obsolescence programmée des téléphones Apple).

Les GAFAM sont les autocrates auto-déclarés d’une société du tout numérique, mais ne regarder qu’eux serait une erreur. Derrière eux, de nombreuses entreprises numériques emboîtent le pas d’une prise de pouvoir inégalée, à commencer par les suivants, les NATU : Netflix qui accapare 15% de la bande passante d’internet, Airbnb qui accroît les tensions immobilières dans de nombreuses villes, Tesla et Uber dont les projets de flottes de véhicules autonomes à la demande vont sans nul doute avoir un impact considérable sur l’évolution des villes.

Faire du numérique un choix de société

Comme celles qui les ont précédées, les technologies numériques doivent être considérées comme des outils qui peuvent nous aider à mieux vivre. Comme tout outil, le numérique nous semble neutre. Mais, il ne l’est pas. Nous produisons quotidiennement des milliers de données sur internet - nos activités, nos déplacements, les contenus que nous apprécions, etc.. Inutiles individuellement, ces informations une fois croisées entre elles et comparées à d’autres millions de données permettent de créer des services numériques puissants. La plupart du temps ces données sont utilisées pour faire de nous des cibles publicitaires, alors même que nous avons contribué à produire ces services. Ainsi, ces plateformes sont conçues de manière à maintenir notre attention et à récolter toujours davantage de données, pour mieux servir leur clients, c’est à dire les entreprises qui achètent de l’espace publicitaire.

Ces outils ont d’autres effets collatéraux. Prenons l’exemple de l’algorithme de recommandation Youtube qui suggère environ 70% des 700 millions d’heures de vidéos visionnées par jour. Cet algorithme est avant tout pensé pour maximiser les revenus publicitaires. Algo Transparency a ainsi démontré que pendant la campagne présidentielle américaine l’algorithme de Youtube suggérait davantage les vidéos de Trump, reconnues plus captives pour les utilisateurs que celles de Clinton, biaisant ainsi l’avis des citoyens et les principes démocratiques.

Force est de constater que face à ces empires numériques, majoritairement, nous nous satisfaisons du troc de nos données contre des services censés nous faciliter la vie. Nous ne sommes que les produits passifs et complaisants d’un modèle économique publicitaire basé sur l’utilisation optimale de notre “temps de cerveau disponible”. Et collectivement, notre indifférence nous condamne à donner toujours plus de pouvoir et de valeur aux géants du net, qui ont leurs propres projets pour la société.

Imaginons alors un instant que nous reprenions le pouvoir sur les géants du numérique et que nous puissions le façonner de manière à améliorer notre société. Par où commencer ?

Mettre les données au service de l’intérêt général

Croiser les données de santé des français et les analyser permettrait de détecter plus tôt les scandales pharmaceutiques, d’améliorer l’efficacité des traitements ou encore d’accélérer la recherche. Récupérer les données éducatives, c’est ouvrir la possibilité d’analyser les critères d’apprentissage et de réussite de nos enfants. Autant d’exemples qui nous montrent qu’entre de bonnes mains les données et les outils d’analyse pourraient nous permettre d’améliorer la société. Encore faut-il répondre à plusieurs questions : quelle doit être la propriété des données - individuelle, aux entreprises ou collective ? Quels sont les acteurs suffisamment représentatifs des utilisateurs, transparents et indépendants pour assurer ces services ? N’y a t’il pas une limite éthique à tout cela ?

Sauver la démocratie

Alors que nous connaissons actuellement une crise démocratique, il est légitime de se demander où s’exerce la démocratie aujourd’hui ? Les réseaux sociaux sont devenus des espaces inédits de mobilisation, de discussion, mais demeurent des plateformes privées aux intérêts financiers. Dans le même temps, les budgets participatifs, plateformes de consultation et pétitions numériques tentent de réenchanter la démocratie, mais ne sont pas pleinement représentatives, peuvent être détournées et manquent parfois de transparence.

Alors que se passerait-il si nous pensions la démocratie bien différemment ? Serait-il possible d’utiliser le numérique pour améliorer nos critères de représentativité, accroître la transparence des votes et prises de décisions, ou encore nous aider à prendre de “bonnes décisions” ?

Accélérer la transition écologique

Utilisation exponentielle des métaux rares, accumulation déraisonnée des données, … le numérique a sa part de responsabilité dans le changement climatique. Mais face à l’urgence d’une réaction collective, le numérique peut aussi être la solution. Il nous offre des possibilités inédites de nous organiser sur la cause écologique, comme nous l’avons vu récemment avec les initiatives il est encore temps ou l’affaire du siècle. Le numérique peut aussi être mis au service de la transition écologique. Alors comment utiliser les données pour améliorer la sobriété énergétique, inventer de nouveaux services respectueux de l’environnement, ou encore créer une nouvelle fiscalité écologique ?

Reprendre le pouvoir

Les enjeux de notre société sont gigantesques et l’actualité nous le rappelle violemment - catastrophes écologiques, hausse des inégalités, crise démocratique. Les technologies numériques font partie des outils qui peuvent nous aider à développer des solutions ! Et nous, citoyens, devons nous mobiliser et pousser nos politiques à reprendre la main sur les grandes entreprises du numérique, mettre en place un numérique libre et ouverte, redonner du pouvoir aux utilisateurs et intégrer l’impact environnemental dans nos choix technologiques. La marche est haute, mais elle est atteignable !

Et dans le même temps, nous aurions tort de ne pas nous interroger plus profondément sur les causes des enjeux évoqués précédemment. Comme le dit Evgeny Morozov à travers la notion de “solutionnisme” technologique : « ce qui pose problème n’est pas les solutions proposées, mais plutôt la définition même de la question ».

Et c’est ainsi que nous devons nous questionner :  lorsque nous donnons nos données, est-ce pour le meilleur ou pour le pire ? Le numérique va-t-il sauver ou tuer la démocratie ? Est-il le pompier ou le pyromane du réchauffement climatique ?

Ce sont les questions auxquelles nous vous proposons de répondre lors du Grand Barouf Numérique, un événement public et gratuit, co-organisé avec la Métropole Européenne de Lille et Pop et qui se tiendra mercredi 20 et jeudi 21 mars 2019 à Lille. Votre mission pendant ces deux jours : prendre part à une assemblée parlementaire fictive et prospective, débattre du rôle que doit jouer le numérique dans la société et vous prononcer sur des propositions de loi d’anticipation.

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