Magazine
July 12, 2018

Fabriquer des lieux du commun, Entretien avec Juliette Bompoint

Bonjour Juliette. Vous avez pris la direction de Mains d’Oeuvres en 2015. Et vous avez lancé en 2017 avec d’autres lieux de création et de diffusion une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), la Main 9-3.0. Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet ?

Juliette Bompoint : L’aventure de la SCIC La Main 9-3.0 a débuté en 2015 par une étude menée par le CNAR Culture, porté par l’association Opale autour de quatre lieux culturels de Plaine Commune (Mains d’Œuvres à Saint-Ouen, le 6b à Saint-Denis, la Villa Mais D’Ici et Les Poussières à Aubervilliers). L’étude d’Opale a mis en évidence l’importance de la mutualisation des ressources.

A l’époque, nous fonctionnions tous comme des coopératives sans en être. J’ai alors proposé de monter une SCIC, mais à plusieurs, pour être plus fort ensemble. Il s’agit de créer un outil de coopération territoriale, où chaque association garde son identité, ses subventions et où l’on met en commun une partie de nos ressources propres. Cette alliance nous permet d’envisager différemment nos projets de développement, ou la question des travaux quand elle se pose.

Il s’agit de créer un outil de coopération territoriale, où chaque association garde son identité et ses subventions et où l’on met en commun une partie de nos ressources propres.

Puis, nous sommes remontés jusqu’à la question du foncier. La Mairie menaçait de ne pas renouveler notre bail en 2018 et nous avions clairement envie de continuer de proposer toutes ces activités à Saint-Ouen. Nous avons eu l’envie d’acheter le lieu avec les habitants, et tous ceux qui y contribuent.

Aujourd’hui, l’investissement citoyen (émotionnel, temps, compétences) dans ces lieux, aussi conséquent soit-il, ne se reflète pas dans la propriété du foncier et sa gestion. L’action des contributeurs n’est pas valorisée dans le modèle économique et n’influence pas, en conséquence, ni le jeu d’acteurs ni le rapport de force qui existe entre eux. Nombre de projets se retrouvent dès lors dans une situation de grande précarité vis-à-vis d’un propriétaire, d’un opérateur privé ou d’un acteur politique, et peinent à envisager la pérennité.

Aussi, nous avons souhaité fédérer toutes les parties prenantes en leur proposant de devenir co-propriétaire à 100€ la part. C’est très important de rallier autour de notre projet. Un lieu vivant, c’est un lieu qui fonctionne sept jours sur sept, de neuf heures à minuit et avec une programmation permanente. Et pour y parvenir, il faut un grand nombre de personnes, environ 100 dans notre cas.

Nous avons finalement constitué la SCIC le 30 novembre 2017, et nous nous sommes laissés 3 ans pour développer et mûrir le projet.

La campagne de financement participatif à venir se fixe l’objectif de 20 000 contributions de 100€ (soit 2 millions € au total), pour réaliser l’acquisition partielle de 10 tiers-lieux en Seine Saint-Denis

La Cour des Myrtilles - Crédits Photo : J.Caupeil

Avant ce projet de SCIC, en quoi consistaient les liens entre les associations qui la composent ? Et quel rôle doit jouer cette structure pour ces lieux ?

J.B. : C’est une histoire de réseaux et de proximité géographique. Mains D’Oeuvres s’est toujours beaucoup appuyé sur les réseaux de lieux et a même été à l’initiative de plusieurs d’entre eux.

A travers cette coopérative, nous souhaitons réinterroger la coopération à travers les réseaux, qui sont de très bons leviers mais qui sont pas des forces tangibles. Le jour où l’on affronte des travaux par exemple, nous n’avons pas la capacité structurelle de s’auto-garantir un soutien. Se réunir en SCIC, c’est une solution pour envisager la pérennité, c’est comme créer une compte-joint, c’est partager un commun.

Eveil musical à Mains d'Oeuvres

Fabriquer des lieux du commun, qui appartiennent à tout le monde, et qui puissent durer, est-ce que cela résume bien votre intention ?

J.B. : Oui, d’ailleurs parmi les 100 premiers sociétaires, il y a plus d’un tiers d’habitants de Saint-Ouen. Protéger un lieu de cultures, ça leur parle.

On ne peut vraiment devenir des acteurs clés qu’en allant jusqu’à la question de la propriété, qui historiquement est opposée à celle de l'usage. On demande aux intermédiaires de créer dans des bâtiments délaissés un usage qui n’existe pas et cela passe par une occupation et un usage libre et indépendant. Généralement, le propriétaire n’est pas concerté.

Sauf qu’aujourd’hui, dans le Grand Paris, la pression immobilière étant toujours plus forte, la part de patrimoine délaissé se réduit comme peau de chagrin. Chaque mètre carré commence à être sanctifié. Si l’on veut se donner la chance de durer, on doit s’intéresser à la question de la propriété. Les propriétaires, lorsqu’ils ne sont pas parties prenantes, peuvent rapidement devenir un obstacle. On a vu plein de lieux fermer, notamment parce qu’ils n’étaient pas assez forts devant les questions de trésorerie. Pour que des lieux continuent à exister dans 30 ans, il faut changer ce paradigme là.

Si l’on veut se donner la chance de durer, on doit s’intéresser à la question de la propriété.

Que pensez-vous des dynamiques d'urbanisme temporaire où la temporalité courte est présentée comme une vertue parce qu'elle permet de libérer des énergies, de laisser court à l’imagination ?

J.B. : L’urbanisme transitoire est une première étape intéressante dans la réappropriation de la ville. Pour certains acteurs, cela peut-être un test de leur viabilité, de leur force vive. Néanmoins, il y a derrière ces projets une forme d’instrumentalisation des acteurs : on leur donne du vide et on leur demande de le remplir. Et après ? Est-ce que les emplois créés sont jetables ? Et qui récupère la valeur créée ? Il ne faut pas rejeter l'urbanisme transitoire, c'est une façon d'être accompagné mais cela doit se faire dans le cadre d’une réflexion partagée et d’une inscription locale durable.

Il ne faut pas rejeter l'urbanisme transitoire, c'est une façon d'être accompagné mais cela doit se faire dans une réflexion partagée et une inscription locale durable.

Vous êtes-vous inspirée de projets existants ? Si oui, quels étaient-ils ?

J.B. : Tout d’abord, il y a eu ETIC, une foncière qui crée, finance et gère des espaces de bureaux et de commerces pour accueillir des acteurs de l’économie sociale et solidaire.

Puis, la Louve, le projet de supermarché coopératif dans le 18ème arrondissement de Paris qui a réussi à rassembler 10 000 sociétaires. Je me suis dit que si on avait réussi à le faire pour l’alimentation, on devrait pouvoir le faire pour la culture.

J’ai également croisé le chemin du fondateur de Terre de Liens. Leur foncière permet à tout à chacun de placer son épargne dans un pot commun qui permet d’acheter des fermes pour y implanter des activités agri-rurales diversifiées. Terre de Liens, aujourd’hui, c’est 20 000 citoyens, 160 fermes et un apport moyen de 4000€.

Je crois que l’on peut répondre avec des outils similaires à la problématique de la raréfaction des terres agricoles et à celle de la pression immobilière parisienne.

Dernière question, pour quoi est-ce que les gens vous remercient ?

J.B. : Pour préserver un espace des possibles, un espace où tu peux te sentir un peu chez toi, proposer des choses et être entendu. Il n'y en a pas suffisamment !

On nous remercie de préserver un espace des possibles, un espace où tu peux te sentir un peu chez toi, proposer des choses et être entendu. 

Pour rejoindre la SCIC La Main 9-3.0, on vous invite à consulter et renvoyer le bulletin de souscription.

Fabriquer des lieux du commun, Entretien avec Juliette Bompoint

by 
Hélène Vuaroqueaux
Magazine
June 26, 2018
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Se rassembler pour mieux durer ensemble, telle pourrait être la devise de La Main 9-3.0, coopérative de lieux hybrides et culturels du Grand Paris. Elle intègre notamment Mains d’Oeuvres, un laboratoire de nouveaux modes de diffusion de la culture de 4000m2 situé dans le quartier des Puces de Saint-Ouen et ouvert depuis 1998. Nous avons rencontré Juliette Bompoint, sa directrice, afin qu’elle nous raconte comment leur est venu cette idée de créer une coopérative, ce qui les motive à créer des alliances nouvelles entre lieux et à investir le terrain du foncier.

Bonjour Juliette. Vous avez pris la direction de Mains d’Oeuvres en 2015. Et vous avez lancé en 2017 avec d’autres lieux de création et de diffusion une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), la Main 9-3.0. Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet ?

Juliette Bompoint : L’aventure de la SCIC La Main 9-3.0 a débuté en 2015 par une étude menée par le CNAR Culture, porté par l’association Opale autour de quatre lieux culturels de Plaine Commune (Mains d’Œuvres à Saint-Ouen, le 6b à Saint-Denis, la Villa Mais D’Ici et Les Poussières à Aubervilliers). L’étude d’Opale a mis en évidence l’importance de la mutualisation des ressources.

A l’époque, nous fonctionnions tous comme des coopératives sans en être. J’ai alors proposé de monter une SCIC, mais à plusieurs, pour être plus fort ensemble. Il s’agit de créer un outil de coopération territoriale, où chaque association garde son identité, ses subventions et où l’on met en commun une partie de nos ressources propres. Cette alliance nous permet d’envisager différemment nos projets de développement, ou la question des travaux quand elle se pose.

Il s’agit de créer un outil de coopération territoriale, où chaque association garde son identité et ses subventions et où l’on met en commun une partie de nos ressources propres.

Puis, nous sommes remontés jusqu’à la question du foncier. La Mairie menaçait de ne pas renouveler notre bail en 2018 et nous avions clairement envie de continuer de proposer toutes ces activités à Saint-Ouen. Nous avons eu l’envie d’acheter le lieu avec les habitants, et tous ceux qui y contribuent.

Aujourd’hui, l’investissement citoyen (émotionnel, temps, compétences) dans ces lieux, aussi conséquent soit-il, ne se reflète pas dans la propriété du foncier et sa gestion. L’action des contributeurs n’est pas valorisée dans le modèle économique et n’influence pas, en conséquence, ni le jeu d’acteurs ni le rapport de force qui existe entre eux. Nombre de projets se retrouvent dès lors dans une situation de grande précarité vis-à-vis d’un propriétaire, d’un opérateur privé ou d’un acteur politique, et peinent à envisager la pérennité.

Aussi, nous avons souhaité fédérer toutes les parties prenantes en leur proposant de devenir co-propriétaire à 100€ la part. C’est très important de rallier autour de notre projet. Un lieu vivant, c’est un lieu qui fonctionne sept jours sur sept, de neuf heures à minuit et avec une programmation permanente. Et pour y parvenir, il faut un grand nombre de personnes, environ 100 dans notre cas.

Nous avons finalement constitué la SCIC le 30 novembre 2017, et nous nous sommes laissés 3 ans pour développer et mûrir le projet.

La campagne de financement participatif à venir se fixe l’objectif de 20 000 contributions de 100€ (soit 2 millions € au total), pour réaliser l’acquisition partielle de 10 tiers-lieux en Seine Saint-Denis

La Cour des Myrtilles - Crédits Photo : J.Caupeil

Avant ce projet de SCIC, en quoi consistaient les liens entre les associations qui la composent ? Et quel rôle doit jouer cette structure pour ces lieux ?

J.B. : C’est une histoire de réseaux et de proximité géographique. Mains D’Oeuvres s’est toujours beaucoup appuyé sur les réseaux de lieux et a même été à l’initiative de plusieurs d’entre eux.

A travers cette coopérative, nous souhaitons réinterroger la coopération à travers les réseaux, qui sont de très bons leviers mais qui sont pas des forces tangibles. Le jour où l’on affronte des travaux par exemple, nous n’avons pas la capacité structurelle de s’auto-garantir un soutien. Se réunir en SCIC, c’est une solution pour envisager la pérennité, c’est comme créer une compte-joint, c’est partager un commun.

Eveil musical à Mains d'Oeuvres

Fabriquer des lieux du commun, qui appartiennent à tout le monde, et qui puissent durer, est-ce que cela résume bien votre intention ?

J.B. : Oui, d’ailleurs parmi les 100 premiers sociétaires, il y a plus d’un tiers d’habitants de Saint-Ouen. Protéger un lieu de cultures, ça leur parle.

On ne peut vraiment devenir des acteurs clés qu’en allant jusqu’à la question de la propriété, qui historiquement est opposée à celle de l'usage. On demande aux intermédiaires de créer dans des bâtiments délaissés un usage qui n’existe pas et cela passe par une occupation et un usage libre et indépendant. Généralement, le propriétaire n’est pas concerté.

Sauf qu’aujourd’hui, dans le Grand Paris, la pression immobilière étant toujours plus forte, la part de patrimoine délaissé se réduit comme peau de chagrin. Chaque mètre carré commence à être sanctifié. Si l’on veut se donner la chance de durer, on doit s’intéresser à la question de la propriété. Les propriétaires, lorsqu’ils ne sont pas parties prenantes, peuvent rapidement devenir un obstacle. On a vu plein de lieux fermer, notamment parce qu’ils n’étaient pas assez forts devant les questions de trésorerie. Pour que des lieux continuent à exister dans 30 ans, il faut changer ce paradigme là.

Si l’on veut se donner la chance de durer, on doit s’intéresser à la question de la propriété.

Que pensez-vous des dynamiques d'urbanisme temporaire où la temporalité courte est présentée comme une vertue parce qu'elle permet de libérer des énergies, de laisser court à l’imagination ?

J.B. : L’urbanisme transitoire est une première étape intéressante dans la réappropriation de la ville. Pour certains acteurs, cela peut-être un test de leur viabilité, de leur force vive. Néanmoins, il y a derrière ces projets une forme d’instrumentalisation des acteurs : on leur donne du vide et on leur demande de le remplir. Et après ? Est-ce que les emplois créés sont jetables ? Et qui récupère la valeur créée ? Il ne faut pas rejeter l'urbanisme transitoire, c'est une façon d'être accompagné mais cela doit se faire dans le cadre d’une réflexion partagée et d’une inscription locale durable.

Il ne faut pas rejeter l'urbanisme transitoire, c'est une façon d'être accompagné mais cela doit se faire dans une réflexion partagée et une inscription locale durable.

Vous êtes-vous inspirée de projets existants ? Si oui, quels étaient-ils ?

J.B. : Tout d’abord, il y a eu ETIC, une foncière qui crée, finance et gère des espaces de bureaux et de commerces pour accueillir des acteurs de l’économie sociale et solidaire.

Puis, la Louve, le projet de supermarché coopératif dans le 18ème arrondissement de Paris qui a réussi à rassembler 10 000 sociétaires. Je me suis dit que si on avait réussi à le faire pour l’alimentation, on devrait pouvoir le faire pour la culture.

J’ai également croisé le chemin du fondateur de Terre de Liens. Leur foncière permet à tout à chacun de placer son épargne dans un pot commun qui permet d’acheter des fermes pour y implanter des activités agri-rurales diversifiées. Terre de Liens, aujourd’hui, c’est 20 000 citoyens, 160 fermes et un apport moyen de 4000€.

Je crois que l’on peut répondre avec des outils similaires à la problématique de la raréfaction des terres agricoles et à celle de la pression immobilière parisienne.

Dernière question, pour quoi est-ce que les gens vous remercient ?

J.B. : Pour préserver un espace des possibles, un espace où tu peux te sentir un peu chez toi, proposer des choses et être entendu. Il n'y en a pas suffisamment !

On nous remercie de préserver un espace des possibles, un espace où tu peux te sentir un peu chez toi, proposer des choses et être entendu. 

Pour rejoindre la SCIC La Main 9-3.0, on vous invite à consulter et renvoyer le bulletin de souscription.

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Hélène Vuaroqueaux
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June 26, 2018

Fabriquer des lieux du commun, Entretien avec Juliette Bompoint

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Hélène Vuaroqueaux
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Se rassembler pour mieux durer ensemble, telle pourrait être la devise de La Main 9-3.0, coopérative de lieux hybrides et culturels du Grand Paris. Elle intègre notamment Mains d’Oeuvres, un laboratoire de nouveaux modes de diffusion de la culture de 4000m2 situé dans le quartier des Puces de Saint-Ouen et ouvert depuis 1998. Nous avons rencontré Juliette Bompoint, sa directrice, afin qu’elle nous raconte comment leur est venu cette idée de créer une coopérative, ce qui les motive à créer des alliances nouvelles entre lieux et à investir le terrain du foncier.

Bonjour Juliette. Vous avez pris la direction de Mains d’Oeuvres en 2015. Et vous avez lancé en 2017 avec d’autres lieux de création et de diffusion une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), la Main 9-3.0. Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet ?

Juliette Bompoint : L’aventure de la SCIC La Main 9-3.0 a débuté en 2015 par une étude menée par le CNAR Culture, porté par l’association Opale autour de quatre lieux culturels de Plaine Commune (Mains d’Œuvres à Saint-Ouen, le 6b à Saint-Denis, la Villa Mais D’Ici et Les Poussières à Aubervilliers). L’étude d’Opale a mis en évidence l’importance de la mutualisation des ressources.

A l’époque, nous fonctionnions tous comme des coopératives sans en être. J’ai alors proposé de monter une SCIC, mais à plusieurs, pour être plus fort ensemble. Il s’agit de créer un outil de coopération territoriale, où chaque association garde son identité, ses subventions et où l’on met en commun une partie de nos ressources propres. Cette alliance nous permet d’envisager différemment nos projets de développement, ou la question des travaux quand elle se pose.

Il s’agit de créer un outil de coopération territoriale, où chaque association garde son identité et ses subventions et où l’on met en commun une partie de nos ressources propres.

Puis, nous sommes remontés jusqu’à la question du foncier. La Mairie menaçait de ne pas renouveler notre bail en 2018 et nous avions clairement envie de continuer de proposer toutes ces activités à Saint-Ouen. Nous avons eu l’envie d’acheter le lieu avec les habitants, et tous ceux qui y contribuent.

Aujourd’hui, l’investissement citoyen (émotionnel, temps, compétences) dans ces lieux, aussi conséquent soit-il, ne se reflète pas dans la propriété du foncier et sa gestion. L’action des contributeurs n’est pas valorisée dans le modèle économique et n’influence pas, en conséquence, ni le jeu d’acteurs ni le rapport de force qui existe entre eux. Nombre de projets se retrouvent dès lors dans une situation de grande précarité vis-à-vis d’un propriétaire, d’un opérateur privé ou d’un acteur politique, et peinent à envisager la pérennité.

Aussi, nous avons souhaité fédérer toutes les parties prenantes en leur proposant de devenir co-propriétaire à 100€ la part. C’est très important de rallier autour de notre projet. Un lieu vivant, c’est un lieu qui fonctionne sept jours sur sept, de neuf heures à minuit et avec une programmation permanente. Et pour y parvenir, il faut un grand nombre de personnes, environ 100 dans notre cas.

Nous avons finalement constitué la SCIC le 30 novembre 2017, et nous nous sommes laissés 3 ans pour développer et mûrir le projet.

La campagne de financement participatif à venir se fixe l’objectif de 20 000 contributions de 100€ (soit 2 millions € au total), pour réaliser l’acquisition partielle de 10 tiers-lieux en Seine Saint-Denis

La Cour des Myrtilles - Crédits Photo : J.Caupeil

Avant ce projet de SCIC, en quoi consistaient les liens entre les associations qui la composent ? Et quel rôle doit jouer cette structure pour ces lieux ?

J.B. : C’est une histoire de réseaux et de proximité géographique. Mains D’Oeuvres s’est toujours beaucoup appuyé sur les réseaux de lieux et a même été à l’initiative de plusieurs d’entre eux.

A travers cette coopérative, nous souhaitons réinterroger la coopération à travers les réseaux, qui sont de très bons leviers mais qui sont pas des forces tangibles. Le jour où l’on affronte des travaux par exemple, nous n’avons pas la capacité structurelle de s’auto-garantir un soutien. Se réunir en SCIC, c’est une solution pour envisager la pérennité, c’est comme créer une compte-joint, c’est partager un commun.

Eveil musical à Mains d'Oeuvres

Fabriquer des lieux du commun, qui appartiennent à tout le monde, et qui puissent durer, est-ce que cela résume bien votre intention ?

J.B. : Oui, d’ailleurs parmi les 100 premiers sociétaires, il y a plus d’un tiers d’habitants de Saint-Ouen. Protéger un lieu de cultures, ça leur parle.

On ne peut vraiment devenir des acteurs clés qu’en allant jusqu’à la question de la propriété, qui historiquement est opposée à celle de l'usage. On demande aux intermédiaires de créer dans des bâtiments délaissés un usage qui n’existe pas et cela passe par une occupation et un usage libre et indépendant. Généralement, le propriétaire n’est pas concerté.

Sauf qu’aujourd’hui, dans le Grand Paris, la pression immobilière étant toujours plus forte, la part de patrimoine délaissé se réduit comme peau de chagrin. Chaque mètre carré commence à être sanctifié. Si l’on veut se donner la chance de durer, on doit s’intéresser à la question de la propriété. Les propriétaires, lorsqu’ils ne sont pas parties prenantes, peuvent rapidement devenir un obstacle. On a vu plein de lieux fermer, notamment parce qu’ils n’étaient pas assez forts devant les questions de trésorerie. Pour que des lieux continuent à exister dans 30 ans, il faut changer ce paradigme là.

Si l’on veut se donner la chance de durer, on doit s’intéresser à la question de la propriété.

Que pensez-vous des dynamiques d'urbanisme temporaire où la temporalité courte est présentée comme une vertue parce qu'elle permet de libérer des énergies, de laisser court à l’imagination ?

J.B. : L’urbanisme transitoire est une première étape intéressante dans la réappropriation de la ville. Pour certains acteurs, cela peut-être un test de leur viabilité, de leur force vive. Néanmoins, il y a derrière ces projets une forme d’instrumentalisation des acteurs : on leur donne du vide et on leur demande de le remplir. Et après ? Est-ce que les emplois créés sont jetables ? Et qui récupère la valeur créée ? Il ne faut pas rejeter l'urbanisme transitoire, c'est une façon d'être accompagné mais cela doit se faire dans le cadre d’une réflexion partagée et d’une inscription locale durable.

Il ne faut pas rejeter l'urbanisme transitoire, c'est une façon d'être accompagné mais cela doit se faire dans une réflexion partagée et une inscription locale durable.

Vous êtes-vous inspirée de projets existants ? Si oui, quels étaient-ils ?

J.B. : Tout d’abord, il y a eu ETIC, une foncière qui crée, finance et gère des espaces de bureaux et de commerces pour accueillir des acteurs de l’économie sociale et solidaire.

Puis, la Louve, le projet de supermarché coopératif dans le 18ème arrondissement de Paris qui a réussi à rassembler 10 000 sociétaires. Je me suis dit que si on avait réussi à le faire pour l’alimentation, on devrait pouvoir le faire pour la culture.

J’ai également croisé le chemin du fondateur de Terre de Liens. Leur foncière permet à tout à chacun de placer son épargne dans un pot commun qui permet d’acheter des fermes pour y implanter des activités agri-rurales diversifiées. Terre de Liens, aujourd’hui, c’est 20 000 citoyens, 160 fermes et un apport moyen de 4000€.

Je crois que l’on peut répondre avec des outils similaires à la problématique de la raréfaction des terres agricoles et à celle de la pression immobilière parisienne.

Dernière question, pour quoi est-ce que les gens vous remercient ?

J.B. : Pour préserver un espace des possibles, un espace où tu peux te sentir un peu chez toi, proposer des choses et être entendu. Il n'y en a pas suffisamment !

On nous remercie de préserver un espace des possibles, un espace où tu peux te sentir un peu chez toi, proposer des choses et être entendu. 

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